Le stage de 2009 à Plomari de Lesvos
Το χώμα εδώ είναι ζεστό, σα να πνέει αποκάτου η φλογερή ανάσα
της
μεγάλης Σαπφώς[...].
Το αγγίζεις με την παλάμη σου και καταλαβαίνεις
πως σιγοκαίει ακόμα αποκάτου η σαπφική χόβολη.
Στρατής
Μυριβήλης
Toutes les routes mènent à Plomari!
Cette année encore nous
nous sommes retrouvés à Lesvos pour
donner suite à nos aventures,
continuer nos cours de
grec et poursuivre la
découverte de l'île et au travers d’elle, diverses facettes de la
Grèce...
Pour la première fois cet été, le stage était axé sur la
traduction littéraire. La première partie de notre cours, animée par
Georges
Kostakiotis, était consacrée à l'étude du texte, à la discussion, aux
analyses
et aux commentaires afin de comprendre le style de l'écrivain, son
écriture et
ses particularités. La deuxième partie de nos réunions était dédiée,
sous la
conduite de Claude Seban, traductrice elle-même, au travail de
traduction du
texte proprement dit.
Pour cette expérience, nous avons choisi l'oeuvre de Stratis Myrivilis,
"Vasilis l'albanais" (Βασίλης ο αρβανίτης), nouvelle qui aurait par
ailleurs inspiré Nikos Kazantzakis pour écrire son "Zorba".
Myrivilis,
lui même originaire de Lesvos, a marqué la vie culturelle de son île
mais aussi
le monde littéraire athénien. Sous l'influence de Kostis Palamas et de
Yiannis
Psicharis, il incarna le passage des années 1880 aux années 1930;
s'inspirant
de son quotidien, il exprimait la cruauté du monde, le "présent"
douloureux et insupportable. A noter que Myrivilis a participé, en
soutenant
Venizélos, aux guerres balkaniques de 1912-1913, puis à la première
Guerre
Mondiale de 1917 à 1919 quand la Grèce de Venizélos s'est rangée aux
côtés des
Alliés après l'attaque de la Bulgarie et enfin à la campagne d'Asie
Mineure de
1919 à 1922.
L'oeuvre que nous avons étudiée fait partie de la deuxième phase de
production
littéraire de Myrivilis. Durant les années 30, déçu du monde, il se
renferme et
trouve refuge dans le passé, l’histoire
et la mythologie mais aussi dans les souvenirs de sa Lesvos natale et
son
enfance. Ce changement radical lui a coûté d'ailleurs le mépris des
critiques
littéraires puisqu'il a été considéré comme sympathisant de la
dictature de
Metaxas. En effet, même si Myrivilis n'a jamais adhéré ouvertement aux
idées de
Metaxas, il ne s'y est néanmoins jamais opposé clairement. Cependant,
des
oeuvres de Myrivilis étaient interdites de circulation durant
toute la période de la dictature de
Metaxas ainsi que pendant l'occupation.
LE TEXTE
Ύστερ' απ' αυτό πια, το καταλαλητό πήρε
κι έδωσε. Οι
γυναίκες τη μισούσαν, δε λέγαν μηδέ τ' όνομά της. "Η τέτοια", "η
προκομένη" την έσερναν. Της έκοψαν την καλημέρα, δε της έδιναν
προσάναμα για το φούρνο μηδέ προζύμι για τη ζυμωσιά. Και σα λάχαινε να
πάει στην εκκλησιά, στο γυναικίτη άδειαζαν μεμιάς δεξιά - ζερβά τα
στασίδια, όλες της γύριζαν τη ράχη. Αυτή έκανε πως δεν τα βλέπει,
απείραγη ήταν και καλόκαρδη. Μονάχα μια μέρα που τη νείδισε μια στη
βρύση, σήκωσε το κεφάλι και της έδωσε πίσω το λόγο. Για όλες το 'κανε,
μια για πάντα.
- "Δεν είν' αυτό που σας τρώει,
είπε. Μόνο είναι ο κρυφός σας ο καημός, να πλαγιάζετε δίπλα στους
μαραζάρηδες και τους κρεμοβράκηδες, που σας δέρνουν. Εμένα μ' αρέσει να
κοιμάμαι με το φιλί και σαν ξυπνώ να βλέπω ρώιδι ανοιγμένο στο
προσκέφαλό μου.
- Χαμένο κορμί, την έβρισε η
άλλη, έχεις και δυο κόρες και τις μεγαλώνεις μέσα στην πομπή σου, να
πάρουν τις χάρες σου!
Η Λαμπρινή απάντησε.
- Εγώ κυρά μου, τις κόρες μου δεν τις μεγαλώνω φοράδες για το φόρτωμα
και για το στυλιάρι, σαν τις δικές σου. Φάρισσες τις μεγαλώνω εγώ, για
τα χρυσά τα φάλαρα. Φάρισσες για το στολίδι μοναχά και για την καβάλα"!
Φάρισσες, να καταλάβεις, λέμε στα παραμύθια του Αιγαίου κείνες τις
μαγικές φοράδες, που πετούν πάνω από στεργιές και θάλασσες σαν του
βοριά τα σύγνεφα, με τα βασιλόπουλα καβάλα. Από τότες απόμεινε ο λόγος,
και σαν άρχισαν να κοπελώνουν τα δυο της κορίτσια, οι άλλες τις λέγαν
κοροϊδευτικά: "οι φάρισσες".
Είχε, να το λέμε κι
όλας, αποκούμπι της το Ζαχαριά, κι απάνω του έβαζε τα θάρρητά της. Κι
αυτός, κάθε βραδιά που ξενυχτούσε μαζί της, κάρφωνε όρθιο στην ξώπορτα
το μαχαίρι του και που να σιμώσει πια κανείς. Ήταν μια κοντή κάμα κι
άσπριζε το φιλντισένιο μανίκι της μέσα στη νύχτα. Όλοι το ξέραν αυτό το
μαχαίρι του Ζαχαριά, ξέραν και τη σημασία του. Από αυτό δα κι όλας
απόμεινε και το τραγούδι που της βγάλαν, κ' έχουν να το λεν ακόμα κι ως
τα σήμερα στο χωριό:
Ντομάτες, μελιτζάνες και κόκκ'νες πιπεριές
Στης Λαμπρινής την πόρτα βροντούν οι μαχαιριές.
extrait de "Ο
ΒΑΣΙΛΗΣ Ο ΑΡΒΑΝΙΤΗΣ" de ΣΤΡΑΤΗΣ ΜΥΡΙΒΗΛΗΣ
Chapitre 5, pp. 37-38, Éditeur
ΕΣΤΙΑ, 1ere édition en 1943
LE
TRAVAIL
Après cela, les calomnies (
médisances) allèrent bon
train, les femmes
la haïssaient (
détestaient),
elles ne prononçaient jamais son nom. «
Celle-là », la « traînée », c’est ainsi qu’elles l’appelaient
1.
Elles
cessèrent de lui dire bonjour, elles ne lui donnaient plus de petit
bois pour son four ni de levain pour faire (
pétrir)
son pain. Et quand
elle allait à l’église, les stalles de la galerie
2
des
(
réservée aux)
femmes se vidaient instantanément autour d’elle, et
toutes lui tournaient le dos. Elle (
Lambrina)
faisait comme si de rien
n’était (
comme si elle ne voyait
rien),
1-
indifférente et impassible
2- sereine et aimable
3- restait sereine et aimable
4- restait impassible et aimable3
Un jour seulement où l’une d’entre elles
la prit à partie (
se moqua
d’elle) à la fontaine, elle redressa (
releva) la tête (
se rebiffa) et
répliqua (
riposta).
Elle le fit une fois pour toutes, en s’adressant
aussi aux autres.
1-
« Ce n’est pas ça qui vous dérange
(ronge, tracasse).
En fait, c’est votre chagrin caché
2- « Ce qui vous ronge4
secrètement, en fait, c’est le chagrin (malheur)5
d’avoir à coucher avec (
à côté de)
vos hommes faiblards à la culotte
pendante
6 qui vous battent (
frappent). Moi je préfère
m’endormir avec (
sur)
un baiser et, au réveil, voir (
trouver)
une
grenade ouverte (
bien rouge)
sur mon oreiller (
à mon côté).
– Saleté (
femme
perdue)
7, l’insulta l’autre. Dire
que tu as deux filles
que tu élèves dans la débauche
1 – pour qu’elles aient
tes charmes
2 – pour qu’elles deviennent comme toi
3 – pour qu’elles héritent de tes grâces.
– Moi, ma chère (
madame, ma belle), mes
filles, je ne les élève pas
comme les tiennes
1) pour le bât et pour les
coups
2) pour en faire des juments de bât qu’on mène à la trique
Moi, je les élève pour en faire des
farissas qu’on pare d’or, des
farissas uniquement pour la parade et pour la montre.
Farissas, pour que vous compreniez,
c’est ainsi qu’on appelle (
c’est
le
nom qu’on donne) dans les contes de la mer Egée, (
à) ces juments
magiques qui volent au-dessus des terres et des mers, comme les nuages
poussés par le vent du Nord, chevauchées par des princes (
enfants de
roi).
Depuis lors, le nom leur est resté, et
quand elles commencèrent à
devenir (
devinrent)
jeunes filles, les autres les appelèrent pour s’en
moquer « les farissas ».
Elle avait, pour tout dire, Zacharias
pour soutien, et son assurance
(
courage) reposait
sur lui. Et lui, les nuits (
chaque
nuit) qu’il
passait auprès d’elle, il plantait son couteau bien droit dans la porte
d’entrée, et qui aurait osé s’approcher ? C’était un poignard à double
tranchant et son manche d’ivoire (
nacre)
brillait dans la nuit. Ce
couteau de Zacharias, tous le connaissaient et connaissaient sa
signification. Là aussi, il en est resté quelque chose : une chanson
qu’on entend encore de nos jours au village :
8
1
Longue
discussion sur le sens exact, en grec, de Η τέτοια, η προκομένη. Nous
sommes finalement assez contents de nos équivalents
2 Le terme technique aurait été « gynécée » ou «
gynéconite »,
mais il n’allait pas dans ce contexte familier. « Galerie » nous
apparaît comme plus indiqué, car, selon Giorgos, γυναικίτη évoque
immédiatement le premier étage de l’église
3 Cerner la nuance exacte de απείραγη
et καλόκαρδη nous prend
un certain temps !
4 Ce verbe nous semble rendre au plus près le
grec τρωώ
5 « Malheur » jugé finalement plus
approprié ici pour traduire
καημός
6 Μαραζάρηδες, κρεμοβράκηδες. Faut-il
voir une allusion à la
virilité de ces époux ? Nous avons tenté de conserver l’ambiguïté.
7 χαμένο κορμι : expression encore
courante : vaurien, propre
à rien. « Femme perdue » a l’avantage de conserver le « perdu » mais
est peut-être trop daté et trop fort. D’un autre côté les injures
envers les femmes portent en général sur leurs mœurs.
8 La traduction de la chanson reste en
suspens. Il paraît
important de rendre les rimes et le rythme. Suggestion : possibilité de
changer les noms de légumes, en conservant toutefois le « piment » qui
paraît faire sens.
TRADUCTION
RETRAVAILLÉE
Dès lors, bien entendu, les médisances
allèrent bon train. Les femmes
du village la haïssaient. Elles ne prononçaient même plus son nom, mais
l’appelaient « celle-là « ou « la traînée ». Elles cessèrent
de la saluer, ne lui donnèrent plus de petit bois pour son four ni de
levain pour son pain. Quand elle allait à l’église, les stalles de la
galerie des femmes se vidaient autour d’elle, et toutes lui tournaient
le dos. Lambrina faisait comme si de rien n’était, elle gardait son
calme et sa bonne humeur. Un jour seulement, comme l’une des
villageoises se raillait d’elle à la fontaine, elle releva la tête et
riposta. Elle le fit une bonne fois pour toutes, en s’adressant aussi
aux autres.
- « Ce qui vous ronge secrètement, en
réalité, dit-elle, c’est le malheur
d’avoir à coucher avec des avortons au falzar flasque qui
vous battent. Moi, il me plaît de m’endormir sur un baiser et de
trouver à mon réveil une grenade rouge à mon côté.
– Fille perdue ! l’injuria l’autre. Dire
que tu as deux filles, et que
tu les élèves dans la débauche pour qu’elles héritent de tes talents !
– Moi, ma belle, mes filles, je ne les
élève pas comme les tiennes pour
en faire des juments de bât qu’on mène à la trique. Moi, je les élève
pour en faire des farissas, des cavales qu’on pare d’or, des farissas
rien que pour la parade et pour la monte. »
Il faut vous expliquer que, chez nous,
les farissas, ce sont ces
juments magiques qui, dans les contes de la mer Egée, volent au-dessus
des terres et des mers comme les nuages devant le vent du Nord, et que
chevauchent les enfants de roi. Ce nom resta aux filles de Lambrina, et
quand elles furent jeunes filles, on les appela moqueusement « les
Farissas ».
Il faut bien reconnaître qu’elle avait
Zacharias pour soutien, et que
c’était sur lui que reposait son aplomb. Lui, quand il passait la nuit
auprès d’elle, il plantait son couteau bien droit dans sa porte. Qui
aurait s’approcher après ça ? C’était un poignard à double tranchant,
dont le manche de nacre brillait dans la nuit. Tout le monde le
connaissait, ce couteau, et tout le monde connaissait sa signification.
Là aussi, il en est resté une chanson, qu’on chante encore dans le
village au jour d’aujourd’hui :
Poivrons, aubergines, tomates et paprika
Les coups de poignard pleuvent à la
porte de Lambrina
A la découverte de l'île
Cette
année durant nos
escapades, nous avons visité le petit
port de Sigri à l'ouest de l'île et nous avons découvert le fameux
"Musée
d'Histoire Naturelle" de la forêt pétrifiée. Un musée hors du commun
donnant
à comprendre non seulement la géographie et la géologie de l'île et sa
région
mais aussi l'évolution de la vie sur la terre entière. Un parcours
fascinant
nous explique les volcans, les mouvements des plaques tectoniques, les
tremblements de terre. En 2009, le musée a reçu le prix "Destinations
d'Excellence"
de la Communauté Européenne (lire à ce sujet
l'article de Kathimerini daté du 30 juillet 2009).
Nous
sommes retournés
également dans le village d'Agiassos et nous
avons
découvert cette année la crypte du moine qui servit de cachette à
l'icône de
Notre Dame de Sion, quand elle fut transférée de Jérusalem à Lesvos
pour la
protéger de la vague iconoclaste qui déchira l'orthodoxie durant le
VIIIe
siècle. Autour de ce moine et de l'icône, une communauté fut fondée
puis un
monastère et finalement le village lui même.En ce même lieu,
le moine fut
enterré à sa mort ; aujourd'hui à l’endroit de cette crypte, se trouve
une
petite chapelle dédiée à Notre Dame de la Source Vivifiante.
Femmes aux fourneaux -
hommes au bistro : un cliché? pas vraiment!
Le village de Skalochori, une petite merveille au centre de
l'île fait partie de nos étapes préférées...
Des images qui
feraient enrager les féministes! Par ce chaud après-midi du mois
d'août, il
fait bien frais sous les platanes, sur la place du village; les hommes
sirotent
leur café et s'activent autour d'une partie de jacquet. Tandis que les
femmes
continuent à s'occuper de la cuisine! Méfions-nous des apparences, la
réalité
est tout autre: les femmes ont pris le pouvoir en fondant une des
coopératives les
plus actives de l'île, source d’emplois et d’une certaine indépendance
économique...