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Le stage de 2009 à Kavala


Eh bien ! je te verrai à Philippes.


Philippoi_Groupe
... Le Spectre de César apparaît.

BRUTUS
Comme ce flambeau brûle mal !... Ah ! qui vient ici ? C'est, je crois, l'affaiblissement de mes yeux qui donne forme à cette monstrueuse apparition. Elle vient sur moi. Es-tu quelque chose ? Es-tu un dieu, un ange ou un démon, toi qui glaces mon sang et fais dresser mes cheveux ? Dis-moi qui tu es.

LE SPECTRE
Ton mauvais génie, Brutus.

BRUTUS
Pourquoi viens-tu ?

LE SPECTRE
Pour te dire que tu me verras à Philippes.

BRUTUS
Eh bien, je te reverrai donc ?

LE SPECTRE
Oui, à Philippes.

Le spectre s'évanouit.
BRUTUS
Eh bien ! je te verrai à Philippes. Maintenant que j'ai repris courage, tu t'évanouis ; mauvais génie, je voudrais m'entretenir encore avec toi... Enfant ! Lucius !... Varron ! Claudius, mes maîtres, éveillez-vous ! Claudius !

William Shakespeare, Jules César (1599), Acte IV, scène1

Philippes occupe une place privilégiée dans l'histoire en raison de son emplacement comme station importante sur la Via Egnatia. La ville est surtout connue des historiens par la victoire des héritiers de César sous ses murs en octobre 42 av. J.-C.; les deux armées romaines commandées, d’un côté par Brutus et Cassius, les meurtriers de Jules César, de l’autre par Octave et Antoine. Ces derniers remportèrent la victoire, qui décida le sort de la République romaine.

Elle a été également la première étape européenne de Saint Paul, avant celle de Thessalonique et de Corinthe, durant son deuxième voyage missionnaire. Il est arrivé depuis la Troade en passant par Samothrace probablement en 51 après J.-C. Et c'est à Philippes qu’il a prêché et baptisé pour la première fois  en terre Européenne : la première personne à le suivre a été une femme juive. Le message est clair et révolutionnaire, mais aussi très actuel : nous sommes tous égaux, quels que soient notre sexe ou notre origine…

Nous avons eu la chance et le plaisir de partager cette visite à Philippes, le plus important site archéologique de Macédoine après celui de Vergina, avec le professeur d’histoire byzantine à l’Université de Paris I, Jean-Pierre Sodini.

Θα σε υποδεχτώ από την πλευρά της θάλασσας. Να σου δείξω την πρώτη πόλη μου, ριζωμένη επάνω στον κεκλιμένο βράχο από γρανίτη, σε σχήμα αμυγδάλου ή κεφαλής αλόγου, κατά τη ρήση των παλαιών περιηγητών όταν ξεπέζευαν εδώ για να ξεδιψάσουν και να καταλύσουν στα, εκτός των τειχών, χάνια, πριν συνεχίσουν την πορεία τους προς ανατολάς. Έτσι, διακόπτοντας την καβάλα του ταξιδιού τους, ονομάτισαν, χάριν της μεταξύ τους συνεννοήσεως,  τον περίκλειστο αυτό τόπο, αγνοώντας την αρχαία πόλη Σκάβαλα, που τα ερείπιά της κείτονται ακόμη σκεπασμένα στα βορινά υψώματα.


Port_KavalaAqueduc_KavalaAcropole_KavalaMairie_Kavala

Να σου δείξω το δρόμο των Φράγκων, των Λομβαρδών, των Ενετών και των κουρσάρων. Οι Σέρβοι, κι αργότερα οι Βούλγαροι ήρθαν από το Βορρά. Οι Τούρκοι από την Ανατολή. Οι θάσιοι κατακτητές των μεταλλείων του Παγγαίου και του χρυσού της Σκαπτής Ύλης, αναγκαστικά από το Νότο.
Νεάπολις, Χρυσούπολις, Καβάλα, εδώ γεννήθηκα. Ανάμεσα στα δυο ποτάμια και στη σκιά του όρους Συμβόλου. Έκοψα νόμισμα χρυσό και απεικόνισα το κεφάλι της Γοργόνας. Πλακόστρωσα μία οδό και την είπα Εγνατία, να περάσει ο Παύλος για τη βάπτιση της πρώτης χριστιανής στα νερά του Ζυγάκτη...

«Ανωνύμου Εταιρίας καπνών και πέραν θαλάσσης », Διαμαντής Αξιώτης,
Ελευθεροτυπία, 23 Φεβραυαρίου 2001.


Ecole_Kavala

Tout au long de notre séjour, nous avons eu la chance de travailler nos cours de grec moderne au « Cinquième Collège » de la municipalité de Kavala situé au sein de la vieille ville. Le bâtiment a été construit au XIXe siècle contre la forteresse extérieure et domine toute la baie.

Le directeur, M. Cheristanidis Georges, nous a autorisés à utiliser les lieux, mais il nous a aussi présenté l’histoire de la ville en rapport avec son établissement : celui-ci a abrité les bureaux et les prisons de la police bulgare durant la Seconde Guerre mondiale. Notons que les Bulgares, comme les Turcs d’ailleurs, se sont ralliés aux forces de l’Axe et ont occupé la Macédoine. Nous avons pu visiter les caves qui avaient été transformées en cellules de détention…
Ecole_Kavala

Le musée du Tabac de Kavala

Musée_Tabac_Kavala

Durant cette semaine très riche nous avons également visité le musée du Tabac, qui retrace l’histoire du tabac dans toute la région de Macédoine et de Thrace, dont Kavala fut le grand centre. La grande époque de la culture et de l’exploitation du Tabac a été synonyme de prospérité économique pour la ville ;  et son déclin a accompagné celui du commerce du Tabac à la fin des années 50.


Notons également que, en raison de grand nombre d'ouvriers dans cette ville, c’est à Kavala que s'est organisé l'un des plus importants mouvements ouvriers de Grèce. Aujourd’hui encore, de nombreux entrepôts - certains abandonnés, d’autres réhabilités - hantent la ville et témoignent de son histoire, qui fut parfois violente et sanglante.

Notre-dame de Eikossifinissa


Monastère_KavalaMonastère_Kavala

Durant notre séjour nous avons également visité le monastère de Notre-dame de Eikossifinissa sur les pentes du mont Pangée. Il s’agit du monastère le plus ancien de toute la péninsule balkanique, fondé en 451 après J.-C. par Saint Germain l’ermite, venu de la Palestine sur ordre de la Vierge Marie.

Dans le monastère est conservé, entre autres trésors du  christianisme orthodoxe, l’icône « αχειροποίητος » -  non peinte par la main d’homme - de la Mère de Dieu. C’est cette icône miraculeuse que les Bulgares ont voulu prendre durant la Première Guerre mondiale. En 1917, les troupes bulgares qui avaient envahi la Macédoine en se ralliant aux Ottomans et aux Allemands, pillèrent en effet la majorité des trésors du monastère ; durant cette attaque, un officier bulgare qui tentait de voler l’icône de la Vierge fut repoussé par une force mystérieuse avec tant de violence qu’il en mourut. Sur le sol en marbre, on voit toujours les traces laissées par sa botte et par son arme.

Depuis 1965, le monastère fonctionne comme couvent. Nous avons d’ailleurs été reçus très chaleureusement par les sœurs, qui nous ont offert le café, des gâteaux ainsi que des feuilletés au fromage, car nous y étions pendant la semaine de « τυροφάγου » , juste avant le début du carême,  où l'on ne consomme que des laitages. La sœur supérieure s’est entretenue avec nous et nous a souhaité beaucoup de force et de discipline pour l’apprentissage du grec.

Escapade sur les pentes de Rhodopi


Notre volonté de connaître et de comprendre les multiples facettes de la société grecque d’aujourd’hui, ainsi que ses problèmes politiques et ses relations avec ses voisins, nous ont menés sur les pentes de la chaîne montagneuse du Rhodope. Nous avons visité la région au nord de la ville de Xanthi, habitée par des populations pomaques.

Les Pomaques de Grèce sont musulmans et, depuis le Traité de Lausanne de 1923 - qui ne fait pas la différence entre les Pomaques et les populations d’origine tsigane ou turque - ils reçoivent un enseignement primaire bilingue turc-grec, et un enseignement religieux en turc et en arabe à la mosquée. La Turquie affirme que ces populations seraient des «Turcs pur sang» arrivés dans les Balkans en apportant leur religion avec eux. Ainsi cette population est aujourd’hui instrumentalisée par la Turquie au travers la religion et la langue et s’inscrit dans ses revendications dans le but de turquiser la Thrace.

Village_PomaqueVillage_PomaqueVillage_Pomaque

La Grèce ainsi que la Bulgarie estiment que les Pomaques sont de chrétiens islamisés durant l’occupation ottomane. Leur langue, d’origine slave, laisse d'ailleurs penser qu’il s’agirait des descendants d'antiques tribus thraces, qui auraient subi l’influence bulgare. L’état grec qui, depuis 1923, appliquait une politique d’isolation et donc d’exclusion social, donnant ainsi des appuis à l’expansionnisme turc, a changé radicalement son système éducatif dans le but d’aider cette population à s’intégrer. Depuis 1991, le fait que ces populations aient comme langue maternelle le pomaque est accepté, et le grec est enseigné comme deuxième langue. Les résultats sont visibles : les enfants continuent maintenant sans difficulté leur scolarité dans le secondaire et réussissent leurs études universitaires comme les autres enfants grecs.


Nous sommes notamment allés dans le village de Dimario, dernier village grec avant la Bulgarie. Grâce à une autorisation spéciale qui nous a été accordée par la Direction de l’Enseignement Primaire du Ministère de l’Education Nationale, nous avons visité l’école primaire du village, où nous avons été reçus par le directeur et ses collègues. Nous avons eu l’occasion de discuter avec eux et de leurs poser nos questions sur le système éducatif et les problèmes sociaux et politiques. Nous avons également fait la connaissance des élèves, qui ont dansé et chanté pour nous. Accompagnés par le directeur, nous avons visité la mosquée, nous nous sommes promenés dans Dimario, où nous avons vu le vieux moulin à eau et avons finalement été invités au café du village.

Le Carnaval à Xanthi

Carnaval_XanthiCarnaval_Xanthi

Notre séjour coïncidant avec le carnaval, la fameuse « Αποκριά », à l'occasion d’une escapade dans la ville de Xanthi, en Thrace – centre des festivités du nord de la Grèce pendant cette période -, nous avons suivi la célébration de la coutume de « Καλόγεροι ».

Cette coutume - que l’écrivain Georges Vizyinos a décrite telle que la pratiquaient les Grecs en Thrace de l’Est avant l’échange des populations de 1923 - conserve des traces des fêtes dionysiaques, comme c'est souvent le cas du carnaval en Grèce, qui mêle tradition antique et tradition chrétienne : la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps sont assimilées à la victoire de la vie contre la mort ; Perséphone pourra regagner le soleil et retrouver Déméter, la résurrection du Christ a vaincu le mal ; la fertilité de la terre et la fécondité humaine triomphent…

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Nous aussi, nous avons fêté le carnaval le samedi avant notre départ, avec orchestre traditionnel, musiques et danses d’Epire, de Macédoine et de Thrace. Vangelis Tsaganos, notre chorégraphe professeur de danse, faisait partie de la formation. Notre très chère amie et collègue Anna Papavasiliou était aussi avec nous ; elle est  venue exprès de Katerini pour nous voir et fêter le carnaval avec nous !