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L'odyssée commence en Asie Mineure


Douze jours en mer Egée!


Cette "Deuxième Rencontre des danses d’Asie Mineure" organisée par notre association a eu lieu sur la côte turque,
dans la petite ville de l'Ancienne Phocée (Eski Foça) et dans l’île de Lesbos, dans la bourgade de Plomari,
avec le soutien des municipalités respectives et l’aide de la distillerie Varvayanni.

Phocée



Les ateliers de danses

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Thymios Sarantidis, originaire de Messotopos de l'île de Lesbos, nous a présenté les danses et les rythmes de son village, qui fut durant des décennies directement lié à la ville de Smyrne grâce à  sa position géographique au sud ouest de l’île. La tradition de l’Asie Mineure fait toujours partie du quotidien des îles de la  Mer Egée du Nord ; nous avons eu l'occasion de ressentir l'attachement des gens à ce monde, disparu à jamais dans les flammes, dont le souvenir, conservé aussi dans la danse et la musique, leur est précieux.

Notre invité turc, le chorégraphe Kerem Yilmaz nous a fait découvrir - et pour certains redécouvrir - les danses de la région de Smyrne, de Pergame, d'Aydin et de Konya en nous faisant même arriver jusqu'à Ankara... Des danses qui conservent souvent des mouvements et des rythmes que nous retrouvons aussi dans les danses grecques. Nous avons également vu des adaptations plus récentes qui montrent la volonté d'intégrer cet héritage  dans la vie d'aujourd'hui.

Yiannis Kanargielis, originaire de Lesbos lui aussi, était notre invité de la ville de Xanthi pour nous présenter les danses d’Asie Mineure telles que nous les connaissons aujourd’hui en Grèce par l'intermédiaire des réfugiés de la Grande Catastrophe. Nous avons retrouvé des rythmes connus et aimés qui expriment tout l'amour mais aussi la douleur de tout un peuple victime de l'Histoire...

Thanasis Michas, de la ville de Mytilène, nous a entraînés dans la tradition de la capitale de l'île, la ville qui fut le deuxième centre économique, politique et culturel après Smyrne et qui reste encore aujourd'hui un lieu où on retrouve toujours cette ambiance du passé gréco - turc commun. Nous avons donc travaillé sur des rythmes dansés autrefois surtout par les classes moyennes et aisées. Nous nous sommes également exercés à des variantes et des figures de la danse de "μαζεμένος" que nous croyions connaître...

Cette année, notre ami Panagiotis Apostolidis était également avec nous ; il nous a fait répéter des danses du Pontos. Quittant la côte ouest baignée par la mer Egée, nous nous sommes plongés dans la culture très particulière du nord de l'Asie Mineure, de la région de la mer Noire afin de pouvoir préparer le troisième volet de nos "Rencontres des danses d'Asie Mineure" qui sera consacré, à la région du Pontos.



Les stagiaires sur scène

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Le maire de la ville de Eski Foça - ancienne Phocée - lui-même, Mr Gökhan Demirag, a fait tout le nécessaire pour nous accueillir chaleureusement:
le Théâtre Municipal nous a été prêté et nous avons eu le plaisir de travailler au centre de la vieille ville!  Les participants sont venus de Grèce, d’Italie, de France, de Turquie, de Belgique, d'Allemagne, des Etats Unis, d'Irlande, de Suède, d’Australie, d’Angleterre et des Pays Bas.



Périples et découvertes

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Le programme de cette « Deuxième Rencontre » a été enrichi par plusieurs visites et escapades qui nous ont permis de découvrir la côte de l'Asie Mineure proprement dite mais aussi de continuer nos explorations dans l’île de Lesbos pour connaître l'histoire et comprendre les relations gréco - turques.

Côté turc :

    - Promenade - épuisante pour quelques uns - dans les rues de Aïvalik, à la découverte du coeur de la vieille ville et à la recherche de la maison de l'écrivain Ilias Venezis (première photo de gauche)...
    - Virée dans le Pergame romain, sur son Acropole magnifique qui domine toute la ville d'aujourd'hui avec ses quartier turc, grec, juif et arménien du début du siècle; visite également de l'Asklepieion, haut lieu de l'antiquité, à l'entrée de la ville basse (deuxième photo).
    - Escapade sur la péninsule d'Erythrée, halte à Skala Vourlon, lieu de vacances de la famille de Séféris où le vieux monsieur - tenancier du café, originaire de l'île de Crète, parle toujours le grec avec l'accent crétois... Ensuite, pause dans le village d'Alaçata pour visiter l'ancienne église de  Παναγία - Notre Dame, tellement chantée dans les chansons sur les airs desquelless nous dansons plusieurs danses de Smyrne ; enfin déjeuner à Tsesme, la fameuse bourgade balnéaire dont la très belle rue commerçante conserve plusieurs demeures du début du siècle...
    - Sans oublier la ville de Smyrne, grande métropole aujourd'hui et ancienne capitale de l'hellénisme d'Asie Mineure jusqu'en 1922: promenades sur la place de l'horloge devant le fameux "Konak" (troisième photo) et sur les quais devant la vieille douane dite "Passaport" où s'est jouée la scène finale de la Grande Catastrophe (photo de droite)...
 
Côté grec :

    - Grâce à la Mairie de Plomari qui, pour soutenir notre effort, a mis à notre disposition l'autobus municipal, nous sommes arrivés après une pause café dans la petite ville de Kalloni, deuxième centre de l'île après la capitale, puis nous nous sommes rendus dans la partie ouest de l'île, à Sigri où nous avons visité le Musée d'Histoire Naturelle, situé dans un des parcs de la Forêt pétrifiée ; à noter que le Musée a eu cette année le premier prix des "Musées - Découvertes" de la Communauté Européenne!
    - Nous avons également visité le village de Antissa, dont la grande place ombragée de platanes séculaires nous a accueillis pour un après-midi plein de musiques et de chansons traditionnelles interprétées par des musiciens qui ont joué spécialement pour nous.
    - Une étape importante durant notre séjour en Grèce fut aussi le village de Skalochori, dominé par les ruines d'une vieille mosquée, qui conserve vivants les souvenirs des Turcs, cette fois-ci obligés eux aussi de quitter leurs maisons... Visite également de l'atelier de l'association des femmes du village avant de nous désaltérer sur la place centrale au  moment même où passait un enterrement! - non, ce n'était pas prévu au programme!
    - Soirée traditionnelle avec danses, musiques et chansons à Megalochori, sur les pentes de mont Olympe à 15 kms de Plomari, pour fêter les "glitomata".


Sur les hauteurs de Smyrne

 Depuis le Kadife Kale aujourd'hui, le fameux Mont Pagos d'autrefois :
à nos pieds s'étale toute l'histoire de ce centre du cosmopolitisme de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

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Avec le doigt pointé, notre guide, Hassan Gençcan, à gauche et notre accompagnateur - organisateur, Georges Kostakiotis, à droite sur la photo étaient loin d'être d'accord sur l'origine et les responsables de l'incendie qui a ravagé Smyrne en ce septembre 1922: pour le Turc, ce sont bien les Grecs qui ont mis le feu avant de quitter la ville; pour le Grec ce sont les Turcs qui ont livré tout le centre avec ses quartiers grecs et arméniens aux flammes pour pousser la population à l'exode...

Une lecture complètement opposée de l'histoire, un malaise bien ressenti par les participants... un moment fort et hautement symbolique de notre séjour en Turquie qui a bien exprimé les relations gréco - turques encore aujourd'hui, toujours difficiles à comprendre par le visiteur occidental non averti...


Traditions à Megalochori

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Les "γλιτώματα", festivités organisées à Megalochori à l'occasion de la fin de la cueillette des olives. Après plusieurs mois d’un dur labeur qui durait souvent tout l'hiver, depuis novembre jusqu’à parfois fin mars, ouvriers et patrons - propriétaires organisaient de grandes fêtes auxquelles tout le village participait. En souvenir de cette tradition, la municipalité fait revivre chaque année cette expérience qui fait désormais partie de l'histoire de l'île.

Sur la photo du milieu, on fait brûler les paniers et les couffins qui ont servi au transport vers les pressoirs...

 
L'écrivain Stratis Myrivilis, originaire de Lesbos, à propos des Zeïbek: une description parfaite...

    Ήταν μουσουλμάνοι από τη φυλή των Ζεϊμπέκηδων. Τσιγγάνους τους λέγαμε οι χριστιανοί, από καταφρόνεση κι από τη μελαχρινάδα τους. Αυτοί δεν είχαν άλλη δουλειά, ερχόντανε μόνο στα ξεφαντώματα και στα πανηγύρια, για να παίξουν τα μεγάλα τους τούμπανα και τους ζουρνάδες της Ανατολής. Τα τούμπανα βαρούσαν βαθιά σα μακρινές βροντές του Θεού κ'οι ζουρνάδες, κατάμαυροι και μακριοί, τσίριζαν παράφωνα και υστερικά με κάτι ξυλένιους ήχους.
    Φορούσαν πολύ κοντές γαλάζιες βράκες, μια πιθαμή πράμα ρούχο. Αρχινούσε από το μερί, τέλειωνε πάνω από το γόνατο. Χαμηλά, από τον αφαλό ως κάτ'από τις μασκάλες, ήταν φασκιωμένοι μέσα σ'ένα ατελείωτο κόκκινο ζουνάρι. Πάνω, φορούσαν μεταξωτό γελεκάκι ριγωτό, πολύ κοντό, όπως απίστευτα κοντό ήταν και το βρακί τους. Είχαν ζωσμένο στη μέση και το μεγάλο πετσένιο σελάχι, κι ανάμεσα στα θηλυκωτήρια του περνούσαν σταυρωτά τις "κουτσούδες", κάτι τουμπανόξυλα γυριστά στην άκρη σαν ρόπαλα. Περνούσαν και τις μακριές τους πίπες, την πετσένια καπνοσακούλα με τα τσακμάκια και το μαχαίρι τους, με το φηκάρι ντυμένο στο κατσικίσιο πετσί.
    Κείνα τα θεόρατα τούμπανα κ'οι ζουρνάδες έβγαζαν ένα άγριο και μονότονο ήχο, βαρύ και μεθυστικό. Ζάλιζε το μυαλό τ'ανθρώπου να τον ακούς, και μας, τα παιδιά, μας γέμιζε μελαγχολία και μας γοήτευε. Σουρχότανε να σφίξεις πέτρα, ώσπου να μουδιάσει το χέρι από τον πόνο, να κλάψεις, και να φωνάξεις ως τον ουρανό από τον ενθουσιασμό.

Extrait de «Βασίλης ο Αρβανίτης» de Στρατής Μυριβήλης, éditions Εστία, Athènes 1943 (première édition)
Zeibek
 

Soirées pleines de musique

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Des soirées de fête avec des orchestres traditionnels ont complété nos journées de travail ; l'instrument de Lesbos par excellence, le fameux santouri, nous a vraiment mis dans l'esprit de la tradition musicale des îles de la Mer Egée du Nord. Accompagné du violon, il nous a fait ressentir toute la force de la musique de l'Asie Mineure telle que nous la conservons aujourd'hui en Grèce.