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L'odyssée commence en Sicile...


Magna Grecia
Triomphe du monde hellénique en Sicile

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Le duomo de Syracuse

 Des merveilles de l’antiquité aux excentricités du baroque.

Le Duomo de Syracuse au centre de la vieille ville est un monument unique qui porte à lui seul toute l'histoire de la civilisation européenne et exprime les différentes phases de l'art du vieux monde. Derrière l'imposante façade baroque de 1754, se cache le temple grec antique et l'église du VIIe siècle. Les douze colonnes de style dorique encastrées dans le flanc gauche, visibles de l'extérieure, témoignent de cet héritage grec. En effet, dès leur arrivée dans l'île d'Ortygie, à Syracuse, les Grecs édifièrent un sanctuaire à Athéna que le tyran Gélon remplaça au début du Ve siècle par un grand périptère hexastyle pour célébrer sa victoire à Himère. Pour aménager l'édifice en église, il fallut combler les entrecolonnements et les murs de l'ancien temple furent percés de huit grandes arcades de chaque côté obtenant ainsi un plan basilical à trois nefs.

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Toujours à Syracuse, le centre emblématique de l'hellénisme de la Grande Grèce:

d'une part les eaux tranquilles du grand port où durant la dernière phase de la guerre du Péloponnèse la flotte athénienne fut anéantie...
et d'autre part, le théâtre de la ville entièrement creusé sur la roche, poumon de la vie culturelle antique et de la Sicile de nos jours avec notamment des représentations des tragédies classiques...


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De la Grèce antique à la Sicile d'aujourd'hui...

Bien plus qu'une reconstitution de théâtre grec, l'Oresteia, représentée dans ces conditions, m'a semblé une incarnation parfaite de la sicilitude. Nombreuses m'ont paru les références, sans doute involontaires, à des épisodes de l'histoire ou de la culture siciliennes. Les auteurs du spectacle y ont-ils pensé? Se venger soi-même au lieu de s'adresser aux tribunaux est une vieille habitude dans l'île: la Mafia tire le principal de sa force et de son pouvoir de la défiance envers les institutions de l'Etat. Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie, prix qu'exigent les dieux pour lui faire gagner la guerre de Troie. Clytemnestre assassine son mari pour venger le meurtre de sa fille. Oreste tue sa mère pour venger le meurtre de son père. Et la chaîne des violences n'aurait jamais pris fin, sans l'intervention d'Athéna. En Sicile, les haines entre familles rivales de la Mafia se transmettent d'une génération à l'autre: on attend toujours Athéna. L'Oresteia et sa conclusion heureuse ont pu offrir aux villageois de Gibellina et des environs, accourus nombreux aux trois représentations du spectacle, le miroir de leurs luttes contre la Mafia, et le modèle, un peu moins utopique pour eux, d'une société où l'ordre de la justice publique aura succédé au chaos de la vengeance privée, où les Euménides, garantes de la paix et de la raison, auront mis définitivement en fuite les Erinyes dévastatrices.

Dominique Fernandez, Le radeau de la Gorgone, aux éditions Grasset, Paris 1988, pp. 334-335

L'écrivain a assisté à la représentation de l'Oresteia, au village de Gibellina, le 21 août 1987, pièce adapté par Yannis Xenakis et mise an scène par Yannis Kokkos.

Splendeurs byzantines

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Le grand général de Justinien, Bélisaire, a conquis la Sicile en 535 qui restera byzantine pendant trois siècles; l'hellénisme une fois de plus triomphe et continue à marquer l'île même durant la brève occupation arabe et surtout durant la domination des Normands... sous le règne de Roger II, de 1105 jusqu'à 1154, la communauté grecque s'épanouit et sa présence continue à marquer l'art et la culture.

 Les mosaïques de la Chapelle Palatine et de la Cathédrale de Monreale mais aussi celles de la Sainte Marie de l'Amiral avec Roger couronné par Jésus et Georges d'Antioche aux pieds de la Vierge, en témoignent; les coupoles de Saint Cataldo et de Saint Jean l'ermite en sont également la preuve.


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Promenades à Sélinonte... 
dans le chaos des temples abattus par la violence des combats et des séismes, se lit toujours l'histoire glorieuse de la grande cité grecque!

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La ville s'est établie entre deux rivières, le Sélinos et le Gorgo qui continuent toujours à arroser la vallée. A noter que le nom de "sélino" signifie céleri, plante qui pousse dans la région autour de la rivière et qui a donné son nom à la cité... Sur la hauteur méridionale qui fut l'acropole, s'élevèrent les premiers temples et habitations et sur la hauteur plus au nord, la ville étendit ses constructions; durant le VIe et le Ve siècles à l'est de cet ensemble fut crée un centre sacré comprenant trois autres temples.

Les voyageurs posent justement devant l'un de ces trois édifices, le grand Naos dédié probablement à Héra, construit au début du Ve siècle avant J. C. dans le plus pur style dorique.



L'imposante cathédrale de Palerme

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Un témoignage vivant de différents styles d'architecture qui ont forgé le monde sicilien ; une sorte d'anthologie de l'art palermitain façonné de 1170 jusqu'au XIX siècle! Elle fut fondée par l'archevêque Gautier Offamilio à l’époque du Normand Guillaume II, sur l'emplacement de l'ancienne basilique du VIe siècle qui avait été transformée en mosquée par les Arabes. A l'intérieur sont abrités entre autres les tombeaux de Frédéric II de Souabe et de Roger II le Normand.



Extraits du livre de Dominique Fernandez, Le radeau de la Gorgone, aux éditions Grasset, Paris 1988

Cette image de Sicile, ne nous rappelle t-elle pas la Grèce?

Entre Catane et Syracuse, il y a plus de vingt ans que je remarque, sur la gauche, à un endroit où la route s'élève, une sorte de fortin carré, flanqué de quatre tours aux créneaux minutieusement ciselés. Seuls les murs extérieurs ont été achevés; la structure est vide; des ouvertures béantes tiennent lieu de portes et de fenêtres; le ciment n'a jamais été revêtu. Rien de plus touchant que ce fantôme de villa, cette tombe d'un rêve avorté. La quantité de non finito en Sicile est incroyable. Soudains revers de fortune? Incapacité d'établir un devis? Sentiment de l'inutilité de l'effort, qui vient paralyser l'action? Ou refus métaphysique de dégrader un songe en le réalisant?

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...et ce comportement des Siciliens - même si Fernadez exagère quelque peu - ne nous fait t-elle pas penser aux Grecs?

Si fort que j'aime les Italiens, si complaisant que je sois à leurs défauts, il me faut bien avouer que ce passage brusque des contraintes archaïques aux libertés du XXe siècle fait ressortir tout ce qu'il y a de pire en eux: la mauvaise éducation, le sans-gêne, le vacarme, la saleté. Essayer de lire sur les plages - aussi bien sommes-nous les seuls à apporter des livres - relève de l'exploit. Les enfants viennent jouer exprès devant nous en se lançant à la figure des poignées de sable humide qui giclent sur les pages, les mammas hurlent pour rappeler à terre celui qui a eu l'audace de s'enfoncer dans l'eau jusqu'au genou, les ballons de football se font un malin plaisir de finir leur course sur notre dos. Le seul recours est de choisir, sur la longue plage de plusieurs kilomètres séparée de la route par une dune dans laquelle on a creusé, à intervalles réguliers, des tranchées d'accès, un point situé à égale distance de deux de ces passages. Soit paresse de marcher sur le sable, soit découragement devant l'importance du matériel à transporter, soit désir de se regrouper en plus grand nombre possible, les gens se concentrent près de l'entrée. ils transbahutent des tentes, des tables, des chaises, des nappes, des parasols, des fourneaux à charbon de bois, des bidons d'eau et de vin, des marmites, une batterie de cuisine complète, et là, à dix, à vingt, ils s'agglutinent dans l'ombre pour déglutir une pasta monumentale, à trois mètres d'une autre famille occupée au même travail de bovine mastication collective.

En France non plus, certes, une plage d'été n'offre pas un spectacle bien ragoûtant. Mais le caractère petit-bourgeois du Français, joint à son éducation démocratique, lui a permis de s'adapter avec des conséquences moins désastreuses aux rites des vacances de masse. En tout Parisien, notait déjà Dostoïevski vers les années 1860, dort le rêve de se rouler dans l'herbe et de courir jusqu'à la mer. Ce rêve est entré dans les moeurs, dans les faits, peu à peu, le temps de laisser s'assagir et se tempérer le sans-gêne animal. L'habitude des congés payés est devenue une culture, avec ses codes, ses restructions, ses latitudes limitées par le respect du voisin. Pour les siciliens d'Agrigente, et pour les Italiens en séjour balnéaire, être en vacances signifie crier le plus fort possible, déchaîner le braillement des transistors, laisser derrière soi des plantations d'ordures, renoncer aux rares principes d'éducation péniblement acquis et retourner à l'état de nature, mais une nature bruyante, grossière, polluante, aux antipodes des rêveries solitaires de Jean-Jacques Rouseau comme  des utopies écologiques.

pp. 275-276