L'odyssée commence avec Bonaparte
Bonaparte et l'Egypte
Pour donner suite à notre
Périple en Egypte en 2005
mais aussi pour préparer nos aventures à venir,
nous avons visité
l’exposition
organisée par l’Institut du Monde Arabe consacrée à Bonaparte et à la
campagne d’Egypte..

En
1769, l’Egypte n’est pas un état souverain mais une province de
l’Empire ottoman soumise à l’autorité de la Sublime Porte de
Constantinople. Dans les faits, le pouvoir ottoman est très lâche ; ce
sont les Mamelouks, les esclaves chrétiens affranchis, qui tiennent le
pays. Les autorités ottomanes leur ont confié le maintient de l’ordre
mais ils ont fini par contrôler l’administration des provinces et la
fiscalité. Ce seront donc eux qui s’opposeront aux Français.

Rentré victorieux de sa campagne
d’Italie le 5 décembre 1797, Bonaparte n’en a pas fini avec son
destin :
« Tout s’use ici. Je n’ai déjà plus de gloire, cette petite
Europe n’en
fournit pas assez. Il faut partir en Orient ». L’Orient,
justement, et
précisément l’Egypte, car on peut y régler des comptes avec l’ennemie
de
toujours : l’Angleterre. Car c’est bien de cela qu’il
s’agit :
« détruire l’Angleterre » en lui coupant la route des
Indes. C’est
une opération vite organisée, vite terminée : 35000 hommes,
dirigés par
des meilleurs stratèges, embarquent en mai 1798 pour l’Egypte. Pressé
de
rentrer pour prendre le pouvoir à Paris, Bonaparte repartira au bout de
treize
mois. Ses troupes resteront dix-huit mois et au final les Anglais
seront les
vainqueurs. Mais l’histoire se racontera autrement et on oubliera
l’échec
militaire pour ne retenir qu’une épopée sur fond de temples
pharaoniques.
Le
portrait du
fameux pacha Mohamet Ali, une des pièces maîtresses de l’exposition, qui
rejoint l’histoire de la Grèce…
Né en 1769, la même année que Napoléon, Mohamet Ali devient vice-roi
d’Egypte à l’age de 36 ans. Il est originaire de
Kavala,
ville de
Macédoine. Il parle un dialecte turc et quelques mots d’arabe et
n’apprendra à lire et à écrire qu’à 40 ans. Despote, il installe une
vraie dynastie, écarte ceux-là même qui l’avaient aidé à prendre le
pouvoir et entreprend une guerre sans merci contre les Mamelouks.
En 1811, 400 chefs mamelouks, invités à une cérémonie à la
Citadelle du Caire, sont assassinés. Il meurt en 1849, laissant le
pouvoir à ses fils et petit-fils. L’héritage du vice-roi est riche
inaugurant un tournant dans l’histoire du pays. Les historiens voient
en lui l’artisan de la modernisation de l’Egypte.
Ο
Μωχάμετ Άλη γεννήθηκε στη Μακεδονία το 1769, τον ίδιο χρόνο με τον
Ναπολέοντα. Γι’αυτό, όταν αργότερα έγινε αντιβασιλιάς της Αιγύπτου,
έλεγε με
υπερηφάνεια ότι κατάγεται απ’την ίδια πατρίδα με τον Αλέξανδρο
κι ότι ήρθε στον
κόσμο τον ίδιο χρόνο με τον Ναπολέοντα.[…] Όταν έγινε πασάς, παρέλαβε
ένα
κράτος κατεστραμμένο και το έκανε ισχυρό και σύγχρονο. Έκανε μεγάλα
έργα και
άνοιξε τις πύλες της χώρας του στους Ευρωπαίους.[…]
Οι ξένοι νεοφερμένοι ήταν
κυρίως Γάλλοι και Έλληνες. Οι Γάλλοι ήρθαν για να διδάξουν ιατρική κι
άλλες
επιστήμες, να διοργανώσουν το στρατό και τη διοίκηση και να
εξευρωπαΐσουν τη
χώρα, αλλά οι βασικοί συνεργάτες του Μωχάμετ Άλη ήταν Έλληνες. Ο
Τοσίτσας ήταν
συνέταιρος, σύμβουλος και τραπεζίτης του. Αργότερα ίδρυσαν μαζί την
Τράπεζα του
Κράτους. Διευθυντής του Νομισματοκοπείου ήταν ο Καζούλης. Άλλος
έμπιστός του
ήταν ο Ζιζίνιας. Ο Ντ’Αναστάσης είχε τα μισά πλοία που μπαινόβγαιναν
στο λιμάνι
της Αλέξανδρειας κι ακόμη όλοι οι μεγαλέμποροι ήταν Έλληνες. Άλλωστε ο
Μωχάμεντ
Άλη, ξένος σ’αυτή τη χώρα, είχε ανάγκη να στρίζεται στη βοήθεια ξένων,
αλλά και
ανθρώπων που είχαν αλληλένδετα μ’αυτόν συμφέροντα.
Extrait de «Αντίο Αλεξάνδρεια» de Δάφνη Αλεξάνδρου, éditions
Αλεξάνδρεια, Athènes.

Ο
Μωχάμετ Άλη δόθηκε από εύνοια της τύχης στην Αίγυπτο. Ήταν εντελώς
ανθρώπινο ότι γεννήθηκε στην Καβάλα, γιος ενός αγροφύλακα, που λεγόταν
Ιμπραήμ. Ανθρώπινο εξακολουθούσε να’ναι ότι, αφού πέθανε ο πατέρας του,
τον ενέλαβε ο φρούραρχος της πόλης. Επίσης ότι ο κηδεμόνας του τον
πάντρεψε νεότατο με μια πλούσια συγγενή του, χήρα, που του γέννησε
τρεις γιους. Πρώτος ήταν ο Ιμπραήμ. Πλην όμως, από τη στιγμή που πάτησε
το πόδι του στις ακρογιαλιές της Αιγύπτου σαν υπαρχηγός μικρού σώματος
Αλβανών, που θα βοηθούσαν τον σουλτάνο να διώξει τους Γάλλους, άρχισε
να πατά και το κατώφλι του θρύλου.[…]
Η Στρατιωτική σχολή βρίσκονταν πάνω στην ακρόπολη του Καΐρου. Εκεί πάνω
έσφαξε ο Μωχάμετ Άλη τους Μαμελούκους […]. Ακόμη εκείνα τα χρόνια το
βίαια χυμένο αίμα σκέπαζε με μια πικρή μυρωδιά τα τείχη, τους πύργους,
το παλάτι, τα προαύλια και την είσοδο του φρουρίου. Πετούσε πάνω από
την οριζόντια πόλη, αφήνοντας το χρώμα του ροδιού στην κορυφή των
μιναρέδων. Κατέβαινε αριστερά στον Νείλο, πιο πέρα στις φοινικιές και
τις ακακίες, και πιο μακριά ως τη γραμμή της ερήμου για να σταματήσει
στην γκρίζα πέτρα της Σφίγγας μπροστά στις πυραμίδες. Κανείς δεν ήξερε
τι διαδρανατιζόταν εκεί, πάντως η μυρωδιά χανόταν, έχοντας ίσως λάβει
όποιαν απάντηση περίμενε. Τότε το χρώμα του ροδιού χυνότανε στο δειλινό.
Extrait de «Ο Βίος του Ισμαήλ Φερίκ Πασά» de Ρέα Γαλανάκη, éditions
Άγρα, Athènes.

Après la visite, notre ami
Georges Ribes, ingénieur des Ponts et Chaussés et passionné d’histoire,
a prolongé ce voyage imaginaire en nous plongeant dans l’aventure
scientifique de la « Commission des Sciences et des Arts » de l’armée
d’Orient, fondement de l’égyptologie.
Emmener des savants, c’est l’idée de Bonaparte pour qui le savoir est
la base de ce monde qui émerge de la Révolution. Lorsqu’il rentre
d’Italie, il se fait élire vingt jours plus tard membre de l’Institut
dans la section des arts mécaniques. L’Egypte, la terre des pharaons,
l’attire et lui apparaît un terrain propice à une aventure savante. Le
recrutement se fait à la hâte et Bonaparte convainc, sans leur dévoiler
la destination, plus de 160 jeunes polytechniciens, savants et
ingénieurs à le suivre.
Récit
d’Etienne Geoffroy saint Hilaire :
Une excursion aux pyramides
Les membres de la Commission des
sciences et des arts n’entendent pas
s’enfermer dans ce paradis. Ils sont impatients d’étudier l’Egypte sur
le terrain et saisissent toutes les occasions de sortir du Caire.
Nombre d’entre eux acceptent avec enthousiasme d’accompagner Bonaparte
aux pyramides de Guiza, le 24 septembre, avec cent soixante hommes
d’escorte armés. Deux jeunes polytechniciens, Dubois-Aymé et Villiers
du Terrage, passeront même la nuit dans une barque, à proximité de
l’ex-palais de Mourad Bey, pour être sûrs de faire partie du voyage.
En cette saison de crue, toutes les
terres des environs du Caire sont
inondées. Le voyage se fait donc en barques. Bonaparte a désigné
quelques privilégiés pour l’accompagner dans la sienne, et il profite
de ces deux heures et demie en savante compagnie pour lancer une
discussion d’économie sur la propriété du sol.
Après avoir débarqué, les Français
marchent un quart d’heure dans le
désert. Ils arrivent, trempés de suer, au pied de la pyramide de
Kheops, qu’on mesurera par la suite : elle fait environ 137 mètres de
haut, et les pierres qui la composent permettraient d’entourer la
France d’un mur de 2 mètres, épais de 30 centimètres…
« Qui arrivera en haut le premier ? »
lance Bonaparte. Mais il reste,
lui, au pied du monument, en compagnie du général Caffarelli, à qui sa
jambe de bois interdit cet exercice. Geoffroy Saint Hilaire le compare
à « ces maîtres qui conduisent leurs écoliers à la promenade et qui,
pour s’occuper de quelque chose, s’intéressent de loin à leurs jeux ».
La hauteur de chaque gradin rend
l’escalade pénible. On monte par les
angles pour ne pas recevoir sur la tête des morceaux de pierre que les
camarades déplaceraient involontairement. C’est Monge, le
quinquagénaire, qui gagne la course, avec une ardeur de jeune homme.
Ayant atteint la petite plate-forme au sommet, il réconforte ses
concurrents en leur offrent sa gourde d’eau-de-vie.
A mi-course, le général Berthier demande
à Geoffroy Saint Hilaire s’il
est vraiment nécessaire d’aller jusqu’au bout. D’un commun accord, ils
redescendent. Mais d’en bas, Bonaparte lance à son chef d’état-major :
« Est-ce que vous venez déjà ? Elle n’est pas au sommet de la pyramide,
mon pauvre Berthier, mais elle n’est pas non plus ici-bas. »
Elle, c’est Mme Visconti, la femme qui
occupe les pensées de
l’officier. Lequel, voulant fuir les sarcasmes et ne pas être traité de
poltron, propose au zoologiste de remonter. Et le voilà, cette fois,
hélé par Monge, qui l’encourage de la voix et brandit sa gourde pour
l’inciter à continuer…
La pyramide voisine, celle de Khephren,
a conservé dans sa partie haute
la pierre lisse qui la recouvrait entièrement à l’origine. Un jeune
soldat a entrepris d’atteindre le sommet, en s’aidant de la pointe de
sa baïonnette. Entreprise périlleuse, suivie d’en bas par les autres
Français. Un seul faux mouvement, et c’est la mort assurée. Mais, de
temps en temps, le jeune homme lance un regard vers Bonaparte, qui
l’observe, et il se sent des ailes. Ayant regagné le sol après avoir
réussi à se hisser sur la pointe, il s’attire les félicitations du
général en chef…
Pour pénétrer dans la pyramide de
Kheops, il faut quasiment se mettre à
plat ventre. Bonaparte, qui juge cette posture incompatible avec son
rang, renonce à la visite. A la sortie, on lui racontera : « Il faut se
déshabiller jusqu’à la chemise avant d’entrer pour ne pas périr de
chaud dans l’intérieur. Chacun a sa bougie. Parvenu dans les chambres,
on allume des flambeaux pour en chasser les chauves-souris et pour
s’éclairer. A un certain passage, fort bas, fort étroit et assez long,
on se met ventre à terre ; deux Arabes vous tirent par les pieds et
vous pénétrez ainsi dans la dernière demeure d’un maître de l’Egypte. »
Aurait-on tiré par les pieds la
vainqueur des Pyramides ?
Bonaparte à la Conquête de l’Egypte. Robert Solé, éditions Seuil, p.104